1916 - Correspondances personnelles
Le 19 Juin 1916. Lettre d'Hélène Delemer à Claude
(NDLR : sa tante maternelle. Claude à 19 ans. Il combat dans les tranchées)Mon cher Claude,
J’ai reçu une lettre de votre oncle Léon (Léon Delemer, frère d’Hélène) qui demande de vos nouvelles et si je vous ai donné son adresse, il me semble que oui. Sinon la voici : Commandant Delemer, Service des « routes » de l’armée anglaise, Hazebrouck.
Il est désireux d’avoir de vos nouvelles, surtout sachant que vous avez franchi de nouvelles étapes. Je lui en ai donné, mais écrivez lui directement. Il s’intéresse à vous. Il m’envoie une lettre de « Guillaume » Barrois, qui lui parle de vos parents, mais ne donne aucune nouvelle saillante sur eux. Sa lettre à ______ est surtout un vif éloge de mère (NDLR : Lucie Ternunch, grand-mère maternelle), du rôle qu’elle joue, des services qu’elle rend et du réconfort qu’elle est si ____.
Il parle de vous avec un grand intérêt. Mais ne dit rien de saillant nouveau.
Votre lettre d’hier m’a fait plaisir car vous voilà ____ vers une occupation intéressante. Voyez comme le hasard fait bien les choses. Je dirai ami la Providence. Car il faut s’en remettre à elle et je comprend qu’elle veillera sur vous dans ce nouvel emploi, qui va vous faire accepter avec plus d’intérêts l’existence moins monotone des tranchées.
Pourtant, écoutez un maman qui vous parle. Ne vous exposez pas inutilement. Je vais vous rétorquer votre lettre à Philippe (NDLR : frère de Claude, qui a 12 ans) : Père et Mère que deviendraient-ils s’ils ne vous avaient plus pour les aider lorsqu’il faudra se remettre à l’oeuvre et reconstituer ce qui était perdu ? Je vous l’ai déjà dit, faites votre devoir, il y a bien des manières de le remplir ; mais « possédez-vous », on ne vous « permettra » les gestes que je considère comme fou, qui ne sont que inconsidérés en ne rapportent rien.
Vous savez dans le li_____ et qui nous ont tous plus ou moins bercés et dont nous voyons trop aujourd’hui la réalisation, on dit se vendre chèrement. S’il le faut et à bon escient oui : mais votre général comme ses armées d’ailleurs, mais encore plus la votre maintenant vaut trop à tout point de vue ; pour le pays, pour les pauvres parents qui y voient ou leurs aînés, ou leurs derniers, ne vous exposez pas inutilement.
Vous croyant parti aux tranchés il vous avait envoyé dès samedi, ce que j’avais v___ la ma___, une petite « saucisse » et un peu de chocolat. Je n’avais pas plus à la « Rozière ». Je tacherai de vous envoyer mieux. Philippe va bien. Malheureusement cet acc____ lui a fait perdre du temps.
Affectueusement à vous. Je ___ vos lettres ann____ très bien tous les jours ou deux.
Bons baisers de tous
Tante Hélène
Le 28 Juin 1916. Lettre d'Hélène Delemer à Claude
Mon cher Claude,
Je reçois vos bonnes nouvelles, mais je me demande s’il ne s’est pas perdu une lettre de vous. Vous me parlez de Nicolas qui va voir sa mère, tante Guide, et que vous enviez ? Qui est ce Nicolas ? Je croyais que c’était vous Nicolas ? Et où va-t’il, comment va-t’il voir tante Guide ?
Je vous envoie cette lettre de mère reçue dimanche. ___ a p___ les adresses vous me la renverrez avec les dernières que Philippe vous avait envoyées.
J’ai reçu aussi un mot de prisonnier donnant des nouvelles de « Genlis » et « Chaurney ». Ils vont tous très bien c’est tout. Faites donc les ________ de mère et donnez à lire les nouvelles demandées.
Je vous envoie un nouveau colis, espérant qu’il vous arrivera en meilleur état que le dernier.
Vous me direz aussi si vous désirez un Kodak. Je pourrais vous envoyer un Vest Pocket qui me paraît le plus propice pour votre état. Je vais à Lyon 5 semaines et pourrais m’en occuper. Philippe va très bien. Il s’est bien remis de ce petit « accès ».
Le fameux Kodak Vest Pocket,
l'appareil photo pliable très populaire
auprès des soldats pendant la guerre 14-18 !
Le travail marche, il se met somme tout assez facilement au latin. Mais il est un peut faible en français, en grammaire, trouve M. « Renard » qui leur fait faire dictées et analyses, logiques et grammaticales. L’orthographe est bonne, mais ___ ___ ___ ___ qui me paraît intuitive, la grammaire l’est moins. Ils ont du mal à apprendre les verbes latins, surtout Philippe est encore moins fort en verbes français que Bernard. ___ un peu plus faible si vous voulez. L’arithmétique va assez bien.
Je suis allé dimanche voir « Kiki ». C’est un voyage de 26 heures pour en passer 2h1/2 avec lui ; puis de 9 h du soir à 4 h du matin errer à Lyon. L’acclimatation est un peu pénible mais c’est un tout au point de vue des études, il n’a pas le « courant » du travail (NDLR : se mettre dans le rythme) et a du mal à s’y mettre. Il entre en vacances ce 19 Juillet.
J’attends tante Madeleine (?) et « Francis », vendredi ou samedi. Tante ___ revient de Paris et a due voir l’oncle Léon dimanche à Paris Plage.
Tous vous embrassent très tendrement ici. L’impression que je glane est que cette guerre ne finira certainement pas en 1916, et pourtant, les revenants de Verdun sont bien attristés de ce qu’ils ___ent de ___ amer.
Affectueusement à vous.
Hélène
Le 08 Juillet 1916. Lettre d'Hélène Delemer à Claude
(Notes de Bonne Maman, Agnès Wattinne : Tante Hélène de la Valette avait tout à fait la même écriture que sa sœur Marguerite (mère de Claude). Elles étaient nées Delemer. Hélène s’est beaucoup occupé de son neveu Claude, séparé de sa famille par le front.)
Je suis très contente de recevoir enfin vos lettres ; n’en ayant eu qu’une courte depuis au moins 8 jours au moins ; les trois lettres arrivèrent ensemble. Pour moi, mère fait allusion comme mauvaise épidémie, à la levée de 2 000 jeunes gens faite par les boches dans votre région pour être envoyé en Allemagne ; dont vous m’aviez parlé. Ensuite je suis très contente de vous savoir bien, quoique en « corprilotade ». Vous faites fort bien de vous demander de vous envoyer des colis ; ils en est parti un ce matin, et je serais très attristée que vous agissiez différemment avec moi. Pensez aussi à ce que je vous ai annoncé au sujet de l’appareil de photos. Je vais à Lyon dans 8 jours et vous ferai volontiers envoyer un Vest Kodak.
Nous suivons avec intérêt les journeaux et tâchons de nous représenter où vous êtes. Je vous redis la même chose : soyez raisonnable !
Si « Denis » écrit aujourd’hui si tante Madeleine que ___ __aurait être évacué d’ici 3 semaines pour permettre la suite active de notre « offensive ». Si cela était, et vraiment les évènements pourraient permettre de l’espérer. L’oncle Léon écrit que les anglais sont dans l’admiration de ce qu’ont fait les français ! Quand à l’oncle Joseph (Louis Joseph Delemer, frère d’Hélène), il n’a pas bougé de son secteur !
L’oncle Léon lui raconte qu’il va facilement à Bailleul ; qu’il voit Lille ! accumule les pierres destinées à faire les routes pour y arriver et qu’il est prêt à filer en avant au premier mouvements vers Lille !
Allons mon Claude ; il me semble que nos affaires marchent bien et que bientôt ce changera les kil[omètres] carrées conquis vers Péronne. (NDLR : Lors de la bataille de la Somme (juillet-novembre 1916), l'offensive se situait entre Albert, contrôlée par les Alliés, et les environs de Péronne, contrôlés par les Allemands).
Tante Madeleine (NDLR :??) a reçu des nouvelles d’Adolphe Delemer (NDLR : ce n’est pas le père d’Hélène, qui est mort en 1883). Il va bien et figurez vous qu’il a reçu une lettre de tante ___ demandant des nouvelles de vous n’en ayant pas depuis 1914 !
Tante Madeleine est arrivée il y a 8 jours pour l’été et l’oncle Léon espère venir la voire en août.
Philippe va très bien. Il travaille sagement ; s’est assez bien mis au latin ; espérons que mère sera là pour l’organisation d’hiver. Sinon tante Madeleine est de mon avis ; le mieux sera qu’il retourne à Pau et suive des cours ; ceux du lycée probablement. Physiquement dégourdit beaucoup.
J’ai des bonnes nouvelles de ___ et de Louis qui entrent en vacances le 19. Louis a bien du mal à se mettre en route et je pense qu’il va refaire sa 4e. C’est un mauvais début pour lui ; enfin il travaillera cet été et tâchera de se mettre en meilleure posture.
Mille amitiés et embrassements de ta tante Hélène
Le 08 Juillet 1916. Lettre de Delesalle (??) à Claude
________________________________________________________________ il espère une permission pour fin Septembre. Ce sont les toutes premières espérances que l’ont peut se permettre de mettre en ligne avec celle ___ que l’on a vue au cœur de voir la fin de cette oppressante guerre ! Tant mieux au moins à voir ces malheures nouvelles de Lille !
Dès le reçu de votre lettre au sujet de Philippe, j’ai écrit au lycée de Pau pour demander s’il y a moyen de l’obtenir, moyennant rémunération bien entendu, que l’on m’envoie des compositions relativent au programme de 5e B en Français, langues et math, de façon à voir si nous pouvons espérer que Philippe fasse cette classe ; ses compos seraient composées par le lycée ; nous verrons ainsi si qu’il serait nécessaire de faire pendant les vacances au cas où nous pourrions lui voir faire cette classe. Il a des devoirs de vacances à faire ; d’un autre côté il se pourrait qu’il aille à Chatel Guyon (NDLR : c’est une station thermale du Puys de Dôme) dont il pourrait avoir un peu besoin : ___ ___ ___ vous il a un peu moins brillament ; il voudrait peut être mieux prévoir et qu’il fasse une ___ que de laisser venir une fatigue quelconque. ___ a écrit à ___, l’oncle Léon venant d’ici 8 jours, nous verrons avec lui toutes ces questions d’études ; mais vous savez que le mal ne serait pas bien grand. Il sortirait de rétho[rique] à 18 ans, c’est vrai. L’important est que la base de départ soit assez bonne pour qu’il ne travaille pas médiocrement tout le temps. Sa santé a été une entrave insuffisante ! hélas ! Mais soyez tranquille nous nous en occupons et j’ai demandé les compositions le plus vite possible.
Nous avons été enchanté des nouvelles du frère de Pat. Ce qu’il a fait est bien intéressant et tous ces petits garçons ouvraient de bien grands yeux d’admiration en me l’entendant lire.
Ne me remerciez pas mon grand filleul ; je pense beaucoup à vous et vous savez c’est là que se trouve le doux et joli côté de la vie. Dans la vraie vie de l’affection réciproque que ne fait pas votre chère maman.
Le ?
J’ai de bonnes nouvelles de Lille du 26 Juillet par une lettre de mère ; et par une lettre de Mme Le Blanaux__ tout, on semble avoir retrouvé un système qui marche et si vous saviez où mon oncle Gustave quelque chose de ___ à faire dire, écrivez le moi ; j’ai écrit que vous alliez tous bien.